Le jeu des dictionnaires : Les 100 mots de la ville (2021)
La collection « Que sais-je ? » des PUF, c’est un drôle d’objet éditorial. J’en ai lu quelques uns quand j’ai commencé l’université dans les années 1990 et les ouvrages de vulgarisation côtoyaient les ouvrages ultra spécialisés d’un abord difficile ; j’ai peu fréquenté cette collection lorsque j’ai repris mes études quelques années plus tard. La sous-collection « les 100 mots » semble d’un abord plus facile et obéit à une logique Top 50 aux accents marketing prononcés. J’imagine que des personnes ont étudié le catalogue pour y déceler une quelconque logique : sur le site, 276 titres sont référencés mais la plupart apparaissent à plusieurs reprises. Parcourir les titres indique des niveaux de spécialisation variable : entre les 100 mots de la gastronomie (cosigné par Alain Bauer, interdiction de ricaner ou de se demander comment les PUF sélectionnent leurs auteurices) et les 100 mots de la gestion d’actifs, on imagine que le lectorat visé n’est pas tout à fait le même.
La deuxième édition des 100 mots de la ville parue en 2021 est signée Julien Damon et Thierry Paquot. Le principe du jeu des dictionnaires est simple : transformer un ouvrage en liste de liens entre entrées d’un dictionnaire. Quand un renvoi existe d’un terme vers un autre, cela crée un lien entre ces deux termes. L’ensemble de ces liens forme un réseau complet orienté. 100 mots, deux auteurs, on pouvait imaginer un réseau a minima connexe. Et bien non. Cinq mots sur 100 ne renvoient vers aucun autre et ne reçoivent aucun lien : Droit à la ville, Pollution, Équilibre spatial, Vélo et Ville récréative. Les 95 mots autres forment une composante connexe où 25 ne reçoivent aucun lien. Les termes qui reçoivent le plus de liens entrants sont par ordre décroissant Paris (16), Urbanisme (13), Équipements (13), Quartier (12), Politique de la ville (10) et Réseaux (10).
L’intérêt de ce type d’approche, c’est d’abord de révéler que les éditeurs et auteurs n’adoptent que très rarement l’approche utilisée ici : que le quart des mots ne reçoivent aucun lien n’est visiblement pas un enjeu. Que des termes forment des isolats non plus. Pourquoi alors s’amuser à construire ces données ? Parce qu’elles révèlent des choix et des biais (Paris numéro 1) difficiles à mettre en évidence autrement. Cela permet également, si l’on s’intéresse à certains termes particuliers, de questionner l’ouvrage autrement. Les trois ego-réseaux ci-dessous concernent les termes Arbre, Réseaux et Violence urbaine. Pourquoi un lien d’aéroport vers arbre ? New York est-elle la seule métropole concernée par la violence urbaine ? On peut s’interroger sur le choix des liens, leur absence, on pourrait aussi s’interroger sur le choix des 100 mots (démobilité ? village de demain ?? et pas d’entrée squat ?).



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Laurent Beauguitte (20 août 2026). Le jeu des dictionnaires : Les 100 mots de la ville (2021). groupe fmr (flux, matrices, réseaux). Consulté le 10 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16o5i